Pourquoi le Conseil National des Barreaux doit labelliser CAPTAIN CONTRAT.

Pourquoi le Conseil National des Barreaux doit labelliser CAPTAIN CONTRAT.






Sous ce titre provocateur se cache une question de fond à laquelle les avocats sont quotidiennement confrontés : celle de la constitution de clientèle et de l’appréhension du marché du droit. Dans sa formation un avocat n’apprend pas – ou vraiment de manière symbolique - à développer une clientèle, il n’est pas formé au volet « commercial » de son futur métier. Point d’étude de marché ou de business plan dans la création d’un cabinet d’avocat. Traditionnellement on pose sa plaque… et on attend le client ! Traditionnellement aussi, on démarre son activité grâce à un ou deux gros clients fidèles et une ou deux permanences assurant un revenu minimum pour payer ses charges.




Certes il ne s’agit pas d’une règle absolue et les schémas peuvent varier, qu’il s’agisse de racheter une clientèle ou d’intégrer une grosse structure. Mais entendu de manière très traditionnelle et donc de manière largement dominante encore aujourd’hui, c’est ainsi que cela se passe. Qui imaginerait créer une entreprise de cette manière là ailleurs que chez nous ?! Les choses évoluent et on voit de plus en plus d’élèves-avocat anticiper sur leur entrée en activité pour tenter de se placer sur des marchés très spécifiques.
 
Doucement, la logique change et l’avocat fait sa mue. L’histoire le démontre notre profession évolue lentement : au départ simple plaideur, nous avons commencé à conclure nos dossiers et à devenir des rédacteurs d’actes, puis des conseils juridiques au delà de nos activités judiciaires. Récemment encore nous avons redécouvert le contentieux de l’appel dans son intégralité… Il n’est pas une profession d’avocat aujourd’hui mais DES professions d’avocat unies par une seule et même déontologie. L’interdiction de démarcher a longtemps contribué à nous conforter dans un immobilisme traditionnel et dans cette posture du « j’attends le client ». Réseautage, bouche à oreille ou bien le fait d’être l’enfant du pays permettent encore largement aujourd’hui de pouvoir démarrer le long chemin vers la construction d’une clientèle.
 
Faisant l’économie de toutes les démarches qu’une entreprise traditionnelle doit réaliser pour espérer prospérer, nous n’avons pas pris le pouls de la clientèle et pas bien compris qu’elle aussi évoluait. Fort d’un quasi-monopole de fait ou de droit dans le domaine du juridique et du judiciaire, nous ne nous sommes pas inquiétés des changements sociétaux qui bouleversent aujourd’hui nos activités. Au flot des initiatives illégales a succédé celui des starts-up juridiques. Ne faisons pas aujourd’hui l’erreur de considérer que nous devons nous adresser à ces dernières avec la même logique que celle qui nous conduit à attraire en justice les premières.
 
Le support de cette activité est le Web. Il est incontrôlable et nous ne pouvons espérer remporter une guerre contre des initiatives qui ne feront que fleurir et se multiplier dans les années qui viennent. Si la fermeté doit rester de rigueur quand la loi est violée, nous devons faire évoluer notre stratégie, que dis-je, en bâtir une, concernant les sites web qui offrent du service juridique en ligne de manière légale. J’avais en 2011 soumis un rapport à mon ordre dans lequel j’évoquais les avocats et le web. Je le concluais par plusieurs propositions parmi lesquelles celle de la labellisation.
 
Si nous ne pouvons empêcher le développement des sites proposant du service juridique, nous devons alors l’accompagner. Et qui d’autre mieux que la profession d’avocat peut apporter l’assurance d’une qualité de service rendu dans le domaine du droit ? L’internaute en passe d’avoir recours à un site web se dirigera-t-il vers celui qui a réussi à obtenir un label de qualité "CONSEIL NATIONAL DES BARREAUX" ou vers celui qui ne l’a pas ? On sait l’effet que produit une recommandation officielle, surtout dans le domaine des services. Même les grands chefs prétendant ne pas porter attention aux étoiles de leur restaurant souffrent commercialement le jour où ils en perdent une…
 
Ces entreprises peuvent devenir des partenaires d’activité et réussir là où nous échouons : désacraliser le rapport à l’avocat, le rendre accessible et surtout lisible en terme d’honoraires. Qu’on ne s’y trompe pas, dans la grande majorité des cas, ces sites ne nous concurrencent pas : la clientèle qu’ils attirent à eux n’est pas une clientèle qui serait, en tout état de cause, venue nous voir. Car l’offre de service que nous proposons n’est ni assez lisible, ni assez connue. Je suis donc convaincu que la profession tout entière doit considérer certaines de ces initiatives comme une opportunité de développement et non comme un défi existentiel. Le combat n’est pas celui des VTC contre les taxis.
 
J’ai échangé longuement avec Philippe WAGNER co-fondateur de CAPTAIN CONTRAT. Ce site est un des premiers à avoir inversé le paradigme de la plateforme d’avocat. A eux la technique, aux avocats le juridique. CAPTAIN CONTRAT est une plateforme technique qui crée la passerelle entre le consommateur de droit (souffrez confrères que j’utilise cette expression, elle n’a rien de péjoratif !) et l’avocat. Le secret professionnel est respecté et il n’y a pas d’interférence avec le client et l’avocat, pas d’accès par exemple aux données fournies par le client pour constituer le document final.
 
En réalité une telle plateforme est un atout : elle permet à l’avocat, grâce au volet technique qu’elle commercialise, de se recentrer sur son cœur de métier : la rédaction, la défense, le conseil. D’autres sites proposent des services équivalents… sans le concours des avocats. Ceux là constituent un réel danger. La frontière à ne pas dépasser doit être celle de la logique de l’inutilité de l’avocat, de la suspicion pesant sur sont travail avec la force de l’image d’Epinal véhiculée au comptoir du café du commerce.
 
Alors il est temps d’agir. De manière simple et lisible. La communication devant accompagner le mouvement devra être solide. Elle est inexistante aujourd’hui…
 
Labelliser une société oeuvrant de concert avec les avocats, c’est accompagner de manière sécurisée le développement de telles initiatives, acter le fait que toute initiative n’est pas nocive et condamner la concurrence illégale à la justification perpétuelle : "pourquoi n’êtes vous pas labellisé ?"... Plus que tout nous ne devons pas rester arcbouté sur le postulat de notre savoir, de sa qualité. Pester sur le fait qu’il faut 7 ans pour faire un avocat et toute une carrière pour exercer avec discernement ne mène à rien. Notre devoir d’avocat c’est de comprendre et d’accompagner le monde qui nous entoure et dans le domaine des nouvelles technologies où le service est aujourd’hui disponible 24h sur 24 et 7 jours sur 7, cette exigence est vitale.
 
Nos compétences sont immenses, notre rôle fondamental. Mais dieu que nous sommes mauvais en terme de communication et lent à nous adapter aux évolutions de nos marchés et donc aux besoins de ceux qui ont vocation à être par essence, nos clients. Je suis persuadé que si nous empruntons le chemin de la labellisation des sites web, non seulement ceux de nos confrères (il serait temps de réécrire au passage l'article 10-6 de notre RIN en prenant garde à ne pas nous tirer une balle dans le pied), mais aussi ceux que nous voyons probablement à tort aujourd'hui comme des intrus, nous ferons un pas vers la maîtrise du marché du droit. Notre légitimité à oeuvrer dans ce domaine est très forte et si un travail énorme est nécessaire pour dépoussiérer notre image, il n'en reste pas moins que l'avocat demeure une référence, une valeur ajoutée dans tous les pans du droit. 

Il nous faut donc préserver cet avantage ancestral, le cultiver, le développer, l'adapter. Cessons, par principe, de tourner le dos à toute initiative que, par définition, nous ne sommes pas capable de générer parce que nous sommes pas des créatifs, analysons les sans passion et encadrons les intelligement. Elles cesseront ainsi de nous échapper et nous récupérerons alors une forme de maîtrise sur leur développement. Un partenariat plus qu'un combat en somme.
 
Albert EINSTEIN a dit un jour que  « l’imagination est plus importante que le savoir ». Je plaide pour que l’imagination s’allie au savoir. C’est aujourd’hui assurément à ce prix que nous rentrerons dans une nouvelle ère de notre longue évolution.
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